Conseils du jury

Nous avons fait jouer nos jury à un petit jeu :
Quels conseils donneriez vous aux concourant-e-s de Buzzons contre le sexisme pour la réalisation de leur vidéo ?
Voici leurs réponses :

 

Nicole Abar, fondatrice de l'association Liberté Aux Joueuses (LAJ)

Je voudrai que la remise en question des stéréotypes éducationnels soit vue sous l'angle de tout ce qu'il y a gagner à faire une place à toutes et tous, l'angle du gagnant / gagnant, du bonheur d'exister, de s'exprimer, de s'éclater sans distinction de genre mais en montrant bien qu'il y a des filles et bien sur dans le monde du sport. J'aimerai qu'ils puissent prendre le contre pied de ce sur quoi tout le monde fonctionne : tel sport est pour les garçons, tel autre est pour les filles et qu'ils puissent montrer qu'avant la performance il y a un énorme bonheur à participer, A JOUER!!!

 

Claire Balerdi
, auteure et metteure en scéne, fondatrice du collectif Cocktail

"Il me semble essentiel de commencer par bien réfléchir à votre sujet avant de vous lancer dans l’écriture. Faites de la recherche mais aussi partez de vous, de ce que vous ressentez.Ouvrez bien les yeux et libérez la parole entre vous.- Qu’est-ce qui m’indigne, me révolte, me déçoit au point de devoir agir pour le changer ? Pour votre film, mieux vaut ne pas vouloir trop en dire. Les idées seront nombreuses, vous allez bouillonner et avoir pleins d’envies. Le risque est là : vouloir dire trop et au final, être confus. Ce moment où tout est encore possible est précieux mais il vous faudra faire .Dans vos propositions, soyez imaginatif ! N’hésitez pas à jouer le jeu du décalage, de l’humour aussi pourquoi pas… Cherchez la façon la plus efficace pour nous faire réagir. Surprenez-nous ! Bousculez-nous !Prenez garde à ne pas reproduire maladroitement en images une situation que vous souhaiteriez dénoncer.Lancez-vous et n’ayez pas peur de mal faire. On ne réalise pas un chef d’œuvre du premier coup. Mieux vaut retravaillez plusieurs fois une seule et même scène, plutôt que de vouloir en faire dix.Faites vos films avec courage, avec force, et surtout, faites les en partant de vos propres regards."

 

Christine Bard, Historienne, professeure d’université, présidente des Archives du féminisme

" S’indigner est nécessaire, mais non suffisant car c’est l’ordre du monde qu’il faut changer par des gestes et paroles individuels et des mouvements collectifs. Vos vidéos participeront à cette transformation en révélant des situations d’injustice, en montrant des luttes contre le sexisme, en imaginant des relations fondées sur l’égalité. Pas de sujet tabou. La domination passe par le corps et la sexualité. Il faut en parler. Tous les milieux, toutes les générations sont concernés. Le sexisme se manifestant dans tous les domaines de la vie, vos vidéos peuvent aborder de très nombreux problèmes. Vous savez que le féminisme s’engage dans toutes sortes de combats politiques, sociaux, culturels, économiques, internationaux, etc. pour l’égalité entre les sexes. Ce qui m’intéresse particulièrement est ce que vous identifiez, vous, qui avez entre 10 et 22 ans, comme étant le plus important et qui n’est pas forcément visible ou perçu par vos aîné-e-s. Et comme historienne, je vous conseille de vous appuyer sur les connaissances déjà disponibles : les études sur le genre et l’histoire du féminisme. Cela ne peut que donner plus de force à ce que vous avez envie de dire, vous, aujourd’hui. Ne négligez pas la forme qui révèle aussi à sa manière votre message. "

 

Nataly Breda, journaliste et présidente de Osez le Féminisme 31

"Quel que soit le propos de la vidéo (le fond), il me semble que la forme est centrale quand on veut lutter contre le sexisme. Le « message » envoyé par une vidéo ne peut pas se détacher de ce que donne à voir la vidéo. Il faut dénoncer le sexisme tout en se gardant de le reproduire. Ainsi, les films qui jouent de l’inversion des rôles fonctionnent bien car ils permettent de prendre du recul par rapport à une situation sexiste puisque les représentations sont inversées et non reproduites.
D’autre part, je crois que l’une des premières façons de lutter contre le sexisme dans un film est de laisser la parole aux femmes et aux filles. Un film qui montre des personnages féminins, qui les met en lumière (et non leur corps ou ce qu’elles représentent) est déjà un film anti-sexiste. Certaines personnes pensent qu’il y a beaucoup de films qui le font... Ce n’est malheureusement pas le cas. Il est extrêmement rare au cinéma (comme à la télévision et plus généralement dans le monde de l’image) de voir des femmes interagir indépendamment des hommes. On s’en rend compte lorsque l’on tente d’appliquer le « test de Bechdel »Voir la vidéo  à une œuvre.
J’invite les réalisatrices et réalisateurs qui participeront à ce concours à faire ce test pour leur film préféré par exemple :
1) Y a -t-il deux femmes ou plus, et ont-elles des noms ?
2) Se parlent-elles entre elles ?
3) Parlent-elles entre elles d'autre chose que d'hommes?
Les résultats du test de Bechdel sont très majoritairement négatifs. Or, ce même test concernant des personnages masculins est toujours positif.
En résumé, le cinéma est encore empreint de sexisme, changez-le !"

 

Nicole Brenez, Historienne, programmatrice à la Cinémathèque Française

"Pour ma part, en tant qu'historienne et programmatrice, je ne peux que recommander aux jeunes auteurs de se pencher sur l'œuvre magnifique d'une pionnière, Carole Roussopoulos. Depuis l'an dernier, un site lui est consacré http://www.carole-roussopoulos.com/ On y trouve sa filmographie, sa biographie et un bel entretien avec la spécialiste de son œuvre, Hélène Fleckinger.
Ses films simples, parfois très drôles ("SCUM Manifesto", "Miso et Maso vont en bateau"), parfois tragiques ("Les mères espagnoles"), toujours engagés et profondément humains, constituent une formidable source d'énergie et d'inspiration. À l'échelle d'une vie, ils nous montrent comment une suite de gestes aujourd'hui ordinaires (prendre une caméra, prendre parti, se mettre à l'écoute d'autrui, trouver la forme cinématographique qui respecte le mieux la situation) participent de l'histoire collective, et y impriment leur marque."

 

Marlène Coulomb-Gully. Professeure en sciences de l'information et de la communication à l'Université Toulouse II.

"Il y a mille façons de s'indigner, de s'opposer, de dénoncer. A chacun.e de s'exprimer avec son histoire, ses envies, ses moyens.

Pour ma part, je choisirais de faire POUR plutôt que contre; de faire COURT plutôt que long; et de faire dans l'HUMOUR : mettre les rieurs et les rieuses de son côté me semble une stratégie gagnante !"

 

Catherine Corsini, Réalisatrice (notamment  "La belle saison" 2015)

"Mon conseil est  de parler de soi, de ce qui vous a touche, vous révolte, vous blesse. Essayer d'être honnête avec vous-même, d'être à l'écoute de ce que vous sentez. Ne vous fiez pas aux modes, n'ayez honte de rien,  trompez vous, c'est bien de chercher, de douter.   Ensuite vient la question de comment raconter,  vous pouvez regarder des films et former votre goût en comprenant ce que vous aimez et ce que vous n'aimez pas et chercher à comprendre pourquoi.

Travaillez sur le sens, le sexisme qu'est ce que c'est pour vous, où l'avez vous ressenti, à quelle occasion… Quelle forme vous voulez donner à votre film, intimiste, drôle, fable, naturaliste?

N' oubliez pas ce pourquoi vous faites le film, à qui vous voulez l'adresser. Rester dans l'intime, révéler quelque chose, essayer de trouver un langage avec la caméra qui vous soit propre. Voir le film dans sa tête, l'imaginer sans cesse, le faire défiler, continuer à le penser.  Quand on fait un film, on passe de l'autre côté du miroir, on fabrique du sens avec des mots, des images, on filme des personnes vivantes, qui donnent vie aux situations qu'on a crée. C'est riche, exaltant et joyeux, il faut communiquer ce désir et vous amuser.

Il faut rester vigilant, ne jamais se décourager, abandonner, les choses arrivent toujours"
.

 

Lorie Decung, Vidéaste et webmestre et militante à MixCité31

"Faire un film "contre", faire un film "pour"... Quel que soit le but de votre film, je vous conseille d'écouter avant tout votre coeur, votre colère, vos intuitions, et surtout vos SENS ... Oubliez les règles, la technique, les "savoir-faire"...On peut jamais savoir si on filme juste, mais on peut le ressentir. Sentir quand on arrive à faire un-e avec l'oeil de sa caméra, sentir le film qui prend forme au montage...Quand les séquences comment à s'enchaîner, quand on sent que la magie opère, alors c'est là que l'aventure commence.
Faire le film parfait, ce n'est pas possible. C'est dans les imperfections (que l'on croit imparfaites) que les films trouvent leur âme et finissent par nous dépasser...
Faites-nous des films qui "montrent des yeux qui brillent encore, aujourd’hui, trente ans après.." ! (Carole Roussopoulos, pionnière de la vidéo militante féministe).

 

Madeleine Dupuis, Conseillère Municipale déléguée en charge de l’égalité femmes-hommes à la Mairie de Toulouse

"Je souhaiterais que ces films mettent en relief le sexisme « inconscient » des hommes en faisant (par exemple) des micro trottoirs et en posant des questions apparemment innocentes qui engendreront des réponses mettant en relief le sexisme quotidien et banal que véhiculent pas mal de nos concitoyens.

 

Nicole Fernandez Ferrer, Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir.

"RDV sur www.genrimages.org et profitez en pour visionner des films, des pubs, lire quelques analyses, articles et débats.
Puis oubliez tout pour faire votre propre scénario original !"

 

Geneviève Fraisse, Philosophe.

"Ce que je propose : "rechercher les mécanismes de la pensée de l'émancipation est un travail critique aussi important que démonter les mécanismes de la domination"..

 

Valérie Guillaudot, Réalisatrice, et coordinatrice de Caméra au poing et du Festival Résistances de Foix.

"Pour un film court, misez sur une idée et une seule. Une idée qui allie le fond et la forme. Osez la sobriété!
Si votre film n'est pas muet, ne négligez pas le son. Le soin apporté à la qualité de l'enregistrement (utilisez un casque) puis au montage est essentiel. Que ce soient des entretiens, une voix off, des dialogues, une ambiance... c'est souvent le son qui fait sens dans un film.
Enfin, au montage, faites la chasse aux longueurs. Visionnez le film avec des personnes n'ayant pas participé au tournage pour bénéficier de leur regard critique.
Bon travail à tout-e-s et à bientôt "

 

Habiba Djahnine, Réalisatrice, fondatrice de l’association «Cinéma et Mémoire» et des «Rencontres du film documentaire» de Bejaïa, en Kabylie.

"Le seul conseil que je peux donner à des personnes qui fabriquent des images pour la première fois, c'est d'avoir en permanence en tête cette question "pourquoi je fais ce film?" ensuite de garder bien au chaud la réponse au fond de soi même. C'est important d'être habité par un désir fort lorsqu'on est dans une démarche créative. "

 

Virginie Houadec, Sociologue, Equipe Genre et éducation.

"Mon conseil : Des faits, de la sincérité et de l'indignation ! "

 

Catherine Hugonet , Déléguée régionale des droits des femmes et à l'égalité, Midi-Pyrénées.

L'un des buts du concours de vidéos "Buzzons contre le sexisme" est selon moi d'aiguiser la réflexion des jeunes sur la place des filles et des garçons dans la société, de partager des idées plus égalitaires, moins stéréotypées des deux sexes, et de les communiquer.

Aussi, la qualité technique des vidéos, le jeu d'acteurs et la mise en scène sont indispensables. La forme du message est aussi importante que le fond pour atteindre les publics qui visionneront les productions.

Aujourd'hui, les réseaux sociaux sont des vecteurs d'idées majeurs vis à vis des jeunes (et des moins jeunes !), le message doit être clair et compris.

Une vision des femmes et des hommes moins stéréotypée aura plus de chance d'intéresser, de toucher les publics qui regarderont les vidéos si celles-ci sont de bonne qualité et donnent une image positive et respectueuse des personnes des deux sexes, filles et garçons

 

Janique Lauret, Educatrice spécialisée et militante féministe (association l'Ebranleuse).

"Derrière l'histoire d'une femme il y a toujours de quoi comprendre un peu mieux l'Histoire des femmes".

 

Hélène Marquiè. Danseuse et chorégraphe, enseignante à l'université de Paris 8

Je conseillerai aux candidat-e-s de travailler le fond et la forme en cohérence pour délivrer un message clair et qui retienne l’attention.

- De choisir une idée principale, et de ne pas vouloir, par exemple, dénoncer trop de choses, ce qui affaiblit toujours la communication : trop d’arguments tue l’argumentation.

- Structurer le scénario autour d’un axe majeur.

- Faire court. Les films longs diluent presque toujours le message, le rendent confus, et rendent la proposition similaire à d’autres du même style, ce qui fait qu’on ne les distingue pas.

- De même il faut privilégier un choix esthétique, plutôt que d’accumuler de bonnes idées, qui s’annulent mutuellement.

En résumé pour ces 4 points : il vaut mieux faire plusieurs petits films percutants, qu’un film long qui lassera, malgré ses qualités.

- Sur le fond, s’il est bien sûr nécessaire de dénoncer, ne pas oublier de proposer. Déconstruire c’est bien, mais construire est aussi nécessaire.

- Il faut aussi savoir que les gens ne se sentent souvent pas concernés par certains stéréotypes trop caricaturaux : l’horrible macho ou la ménagère des années 1950. Par contre, beaucoup de comportements sexistes passent totalement inaperçus, et mettre le projecteur dessus contribue à une prise de conscience. Je conseillerai de réfléchir à des expériences de vie quotidienne, des scènes que l’on a vécues, des scènes vues dans des films actuels qui nous indignent, etc.

- Enfin, je suis très sensible aux qualités d’interprétation. Il est dommage que certains scénarios excellents et de bonnes idées soient gâchés par un jeu qui sonne « faux », et où l’on sent que les interprètes n’y croient pas. De ce fait nous n’y croyons pas non plus. Si on utilise la caricature, ou la dérision, ce qui peut être très fort, il faut les travailler pour les pousser au bout de leurs subtilités (penser au jeu de certains clowns par exemple ou au personnage de Charlot, qui nous emmènent avec eux). L’humour est difficile à utiliser, mais il peut aussi être très efficace.

Et surtout, il faut être convaincu-e-s, et ne pas hésiter à le montrer.

 

Catherine Vidal, Neurobiologiste, Directrice de Recherche à l’Institut Pasteur.

"Pour les interview d'experts, de scientifiques, de médecins etc :
- Assurez vous que les "experts" le sont vraiment, qu'ils travaillent effectivement dans des  institutions universitaires ou autres, qu'ils publient des articles dans des revues spécialisées reconnues au niveau international.
NB: Dans les sciences "dures", la publication de livres n'est pas forcement une garantie de validité scientifique car elles n'est pas une soumise aux critères de validation par des collègues spécialistes comme c'est le cas dans les revues internationales
- Adressez vous à des personnes dans la vie active, qui participent vraiment à des recherches.  De préférence à des retraités au delà de 70 ans ...."

 

A suivre...


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